
" Pour tous ceux qui croient que ces distances sont
réservées à l’élite, voici mes
impressions d’après course que j’ai livrées
à mon entraîneur (Guy). |
|
|
AVANT COURSE :Je suis arrivé une semaine avant pour repérer le site. Taupo est une petite ville balnéaire au bord du lac avec au fond des montagnes qui culminent à plus de 2000m.Il faisait froid et il pleuvait. Le samedi (j-7) je suis allé courir 1 heure 15 avec Fred sous la pluie et le vent, on a commencé à tester nos tenues de course car venant de Tahiti on a dû se couvrir et cela n’est pas dans nos habitudes. J’ai acheté aussi les produits énergétiques de la course pour les tester. Le matin je suis allé nager. En rentrant dans l’eau je la trouve très froide quand j’arrive en haut du corps et au visage je suffoque. Je nage 30’ mes oreilles me font mal et mon corps est vraiment juste, je décide d’aller m’acheter au plus vite une cagoule et demander à l’organisation si je peux mettre une sorte de sous combinaison polaire pour me protéger du froid. En discutant ce jour là j’apprends que l’eau est à 16°, ceci me rassure sur mes sensations. |
![]() Leçon d'humilité avec Christophe San Augustin |
Le dimanche (j-6) toujours la pluie et le vent. Je pars faire la boucle de vélo. Occasion pour moi de voir le parcours vélo et de tester les produits énergétiques dans de mauvaises conditions climatiques et les vêtements de pluie et de froid (chaussettes en laine, sur-chaussures , collant, coupe vent , manchettes, tee shirt en coolmax, cache oreilles). La séance est dure avec le froid mais au moins je sais à quoi m’en tenir pour la course. Le lundi (j-5) le temps est un peu meilleur, quelques éclaircies. Le chapiteau de la course se monte, on voit de plus en plus de vélos de triathlètes dans les rues, des coureurs à pied, des nageurs dans le lac. Je cours le soir et fais le 10x 30’’/30’’ : ras je suis bien. Le mardi (j-4) je pars faire deux heures de vélo l’après-midi car le temps est meilleur il ne pleut plus par contre le vent est fort. Le parcours vélo fait une boucle de 90km. Les 10 premiers Kms on monte puis les 35km suivants sont en gros un long faux plat descendant. Ce jour-là j’ai le vent de face au retour en faux plat montant, c’est clair si le jour de la course c’est idem je reviendrai sur le petit plateau. La ville s’anime autour de l’événement, je fais contrôler mon vélo et mon casque: ras... Le mercredi (j-3) avec Fred on va nager 1 heure dans le lac avec
cagoule et sous-combinaison cela va mieux mais ce n’est pas
quand même l’eau du lagon !!! Le jeudi(j-2) repos au niveau activité physique. On va retirer nos sacs de course le matin avant la foule. Le chapiteau central est prêt, celui de massage, des inscriptions, et du merchandising aussi. Le parc à vélo et la ligne d’arrivée prennent forme ça y est j’y suis la bonne pression arrive, je suis un peu comme un enfant avant Noël le cadeau arrive. Je regarde la ligne c’est pour bientôt. Pour moi c’est immense jamais je n’ai participé à une compétition aussi grande. Le soir pasta party sous le grand chapiteau, les kiwis se débrouillent pas mal. Animation du repas avec chanteurs et présentation des pros bien meilleurs en triathlon qu’en interview. Le vendredi (j-1) petit vélo d’une heure suivi de 10’ de cap, derniers petits réglages. Puis c’est la préparation des sacs de course et du vélo. Moment de stress il ne faut rien oublier, je refais mentalement tout le parcours en faisant des tas dans la chambre pour chaque activité, c’est le bordel mais petit à petit tout se range. Je suis serein il fait beau le météo du lendemain écarte les risques de pluie. 15h je passe prendre Fred pour amener les vélos et les sacs au départ de la course. C’est la queue dans la bonne humeur le parc est immense. On va voir la ligne d’arrivée qui est finie avec écran géant, estrade c’est grandiose pour moi.16h30 la parade des nations comme au JO accueil puis briefing, heureusement on rencontre des Français meilleurs que nous en Anglais et à nous tous nous comprenons. Repas du soir normal je ne suis pas stressé et je n’ai pas la ‘’cagade’’ comme d’habitude. |
LA COURSE :Réveil 4h 45 il fait noir je sors dehors il
fait froid 6°. Petit déjeuner énergétique
la journée va être longue. Petit ‘’caca’’
du matin et on part chercher Fred avec la famille. 5h 45 nous voilà
au départ la fourmilière s’agite on part gonfler
les vélos et mettre nos bidons. Après petit footing
d’échauffement pour ramener la pompe. 6h10 marquage puis
on met nos combinaisons dans la salle à l’abri du froid.
Fred doit se ‘’délester’’ la pression
monte. Les Japonais nous font rigoler en refaisant un remake du Grand
Bleu. C’est l’heure de gagner l’aire de départ,
derniers bisous à ma chérie et à mon fils. On
descend vers le lac le jour se lève on donne nos sacs et commence
la mise à l’eau dernier encouragement à Fred et
au revoir. | ![]() ![]() |
Je prends des pieds en chasse et au bout de quelques minutes on a dérivé un peu trop sur la droite, les kayaks nous rappellent à l’ordre. En revenant vers le centre je me retrouve derrière un couple avec un aveugle, je les suivrai jusqu'à l’arrivée il tient bien le cap et nage à une vitesse qui me correspond. Quelques fois j’ai failli les doubler mais je réfléchis et repense à Guy ‘’reste humble’’, tu dois encore faire 180km de vélo et un marathon. Sortie de l’eau après 1h 37 je suis super heureux car j’avais prévu au mieux 1h50. Je pars vers le parc à vélo qui est à 400m de l’eau, arrivé sous la tente de changement tout est parfait un gars pour m’aider à me changer (j’aurai dû me tromper pour aller dans la tente des filles cela aurait été plus intéressant !!!).Je m’habille bien car il fait froid et me voilà parti pour ma randonnée cyclotouriste! Je sors du parc monte sur le vélo et m’aperçois que ma roue avant gauche est à plat. Je fais le spectacle en changeant la chambre à air devant la foule et enfin me voilà parti, cela ne me panique pas du tout car je me dis que 5’ c’est rien sur la durée. Je pense à m’alimenter tout de suite et trouve mon rythme de croisière il fait froid et le vent souffle. Sur la course quand je croise Fred je le reconnais car on est les deux seuls à être aussi vêtu on a dû nous prendre pour des barjots!!! Rony prend l’option peu vêtu et le paiera. Comme prévu le retour se fait face au vent je ne force pas et je ne me mets jamais dans le rouge. Après le premier tour la chaleur augmente cela fait du bien et je gère, je reste humble car je sens que je peux appuyer plus mais dans ma tête je me dis il reste un marathon derrière. Au premier tour j’ai failli tomber en passant dans la ville car un couple a traversé devant moi et j’ai touché la fille, des frissons me parcourent le dos en pensant que ma course aurait pu s’arrêter là. Enfin voilà le deuxième parc après 7h05, quelqu’un prend mon vélo et le range un autre me donne mon sac et un troisième m’aide à me changer (le personnel féminin manque toujours !!!). Un gros pipi et je pars pour la cap, il fait beau et la température est idéale pour courir. Dès la sortie du parc je me fais doubler mais toujours je me répète reste humble tu as un marathon à courir, tu gères le premier tour et après tu verras. Le début du parcours se fait dans la foule, les applaudissements. Les encouragements fusent cela donne des ailes. Je ne connais pas exactement le parcours il n’est pas plat fait de petites montées et descentes et de longs faux plats le long du lac. Ici le triathlon est un événement et les gens sont installés sur le bord avec barbecue, tente, chaises, table bref ils campent là pour encourager les participants. Les kms filent et je suis bien mes jambes ne sont pas encore lourdes je cours sans arrêt sauf aux ravitaillements que je respecte scrupuleusement, à chaque je bois des boissons énergétiques ou des gels. Je savoure de superbes vues sur le lac et la file des coureurs, j’ai un rythme régulier qui me permet à ce niveau là de la compétition de doubler pas mal de gens. Je croise Fred qui va finir il fait une superbe course un petit coucou il viendra m’encourager après le premier tour. J’arrive au demi-tour le tracé est enfin connu, il faut garder du jus pour le second tour. Le retour se passe bien et je retrouve ma petite famille après le premier tour et celle de Fred, je vais bien je les rassure ainsi que Fred qui voit que je ne suis pas cuit. Je suis à environ 2h 20 du but, pas grand chose par rapport aux déjà 11h30 que je viens de faire. A part une grosse défaillance je sais que je vais finir je reste concentré et les kms filent me voilà au demi-tour, les jambes commencent à s’alourdir mais rien de dramatique. J’amorce le retour vers ma gloire personnelle. La nuit pointe son bout de nez on nous distribue des sticks éclairants je suis à 7 kms de l’arrivée, je ne rate plus les bornes kilométriques, je les savoure. Les applaudissements, les ‘Tahiti’ et’ Christophe’ sont chauds dans la nuit. Au 39 kms une supportrice crie : « Tahiti tu parles français ? » « Bien sur », elle se met à courir avec moi et m’encourage pendant 500m, c’est super, je vole. L’ambiance est folle : de la musique, des gens qui dansent et moi qui ne sens plus mes jambes je suis heureux et commence à savourer mon arrivée. Dernier km il passe vite et je commence à entendre le speaker de l’arrivée, je double,quel bonheur je me rapproche d’une femme, quel intérêt de la doubler je la laisse devant et prépare mon arrivée sous les projecteurs. Après le virage : entrée dans la ligne d’arrivée, le début n’est pas éclairé mais les spectateurs sont au rendez-vous. J’agite mon stick pour les faire applaudir et hurler, ça marche c’est super !!! Enfin la lumière : mon nom sur l’écran géant et le speaker : Christophe San Augustin from Tahiti, je jubile et me lance en courant à fond à droite et à gauche en faisant l’avion pour toucher les mains des gens, le public réagit, quel bonheur et ça y est je passe la ligne en 13h50, je lève le poing c’est fait. On me passe ma médaille autour du cou direction le staff médical pour la pesée, -3 kilos on m’envoie voir le médecin je suis super bien, juste un peu les cuisses lourdes. J’explique dans mon mauvais anglais au médecin que lors de la pesée j’étais lourdement vêtu et qu’en fait je n’ai perdu que 1 kilo elle comprend et me libère, je n’ai qu’une hâte c’est de sortir pour retrouver la famille. En dehors de la tente c’est toujours l’agitation les familles attendent la star du jour, gros bisous on est tous heureux car on était tous embarqués dans l’aventure. Retour dans l’appartement car il fait froid et grande joie tout s’est bien déroulé, l’organisation était superbe. Un repas et au dodo pour une nuit réparatrice. L'APRES-COURSE :Le dimanche (j+1) au réveil je suis persuadé que je vais avoir deux barres métalliques à la place des jambes, surprise ce n’est pas le cas j’ai mal mais pas tant que ça, j’étais bien plus mal après mon premier marathon. On se prépare car je dois aller sauter à l’élastique avec mon épouse en tandem. J’ai peur non pas du saut mais de la remontée (escalier) en fait je remonte assez facilement. Je bois régulièrement pour bien récupérer. A midi on mange avec Fred et les familles : une grande Bière pour commencer quelle est bonne!!! L’après-midi massage et après champagne avec Fred pour fêter ces arrivées. Le mercredi (j+4) plus aucune douleur musculaire comme si je n’avais rien fait. Après ce sont de superbes vacances en famille. Voilà mes impressions sur cette quinzaine de rêve. Je dois remercier tout ceux qui m’ont aidé à faire cette course. Ma famille pour son soutien et sa patience .Toi Guy qui m’a super bien entraîné. Cela m’a permis de savourer la course et l’après car j’ai récupéré rapidement. Mes amis qui m’ont suivi et soutenu. En conclusion la joie de la course me donne envie de refaire un Ironman mais les 6 mois d’entraînement la précédant sont durs et prennent beaucoup de temps. Cette expérience restera gravée longtemps dans ma mémoire car avec quelques recette simples (un bon entraîneur, de l’humilité, de la rigueur) j’ai passé l’une des plus belles journées de ma vie." Christophe San Augustin |
![]()
|